Le Roman de Flamenca Corpus

Old Occitan (XIII century)

(Under Construction)

Olga Scrivner, Sandra Kübler, Barbara Vance, and Eric Beuerlein

Introduction

La première édition du Roman de Flamenca parut
en 1865. A cette epoque, les études provençales, fort
délaissées chez nous depuis Raynouard, étaient loin du
degré d'avancement qu'elles alteignent aujourd'hui. Une
grande partie de la littérature etait inédite ou ne pou-
vait être etudiée que dans des éditions partielles et
incorrectes; les seuls secours pour l'interprétation des
textes étaient le Lexique Roman de Raynouard, bien
incomplet comme on sait, et quelques publications de
Bartsch. La première édition d'un poème publié d'après
un manuscrit unique et souvent corrompu devait néces-
sairement se ressentir de ces conditions défavorables.
Mais il' y a plus : cette édition n' avait pas été conduite
au point de perfection relative que comportait le temps
où elle parut. Par suite de circonstances qu'il imporle
peu de faire connaître, je n'avais eu, au mois d' octobre
1862, qu'un temps fort limité pour faire la copie du
manuscrit, et c'est seulement l'année suivante, l'impres-
sion déjà avancée, qu'il m'avait été possible de retourner
à Carcassonne pour collationner les feuilles tirées et la
copie non encore imprimée avec le manuscrit dont la
communication à Paris m'avait été refusée. Malgré
une révision attentive, dont les resultats sont consignés [Page I]
dans un trop long errata, il resta dans ma première
édition un nombre considérable d'incorrections (fautes
de lecture ou de ponctuation, faules du manuscrit non
corrigés ou mal corrigées, etc.), qui nuisent singulière-
ment à l'intelligence du poème. Toutefois, le Roman
de Flamenca reçut un accueil favorable. Des critiques
autorisés l'examinèrent avec une scrupuleuse attention
et proposérent au texte nombre de corrections, dont
beaucoup ont été confirmées par un nouvel examen du
manuscrit 1. Le livre finit par s' épuiser, et la librairie
qui avait fait les frais de la première édition voulut
bien se charger d'en publier une seconde. Je m'estime
heureux d'avoir pu, après trente-cinq ans, refaire
l'oeuvre principale de ma jeunesse, et j'ai l'espoir que
la seconde édition, publiée dans de meilleures conditions
que la première, sera plus digne d'un poème que je
regarde comme l'un des joyaux de la littérature du
moyen âge.

Cette seconde édition n'est pas seulement revue et cor-
rigée, elle est entièrement refaite. Matériellement elle
se distingue de la précédente en ce qu'elle formera deux
volumes. Le premier, aujourd'hui publié, contient le
texte et le vocabulaire, le second renfermera l'introduc-
tion, la traduction et une table des noms propres. Plus
heureux qu' en 1863, j' ai pu obtenir le prêt du manu- [Page II]
scrit pendant la correction des épreuves, et il n'est
aucune page qui n'ait été collationnée à plusieurs
reprises. Toutes celles des particularités graphiques
qui ne pouvaient être conservées dans le texte ont été
indiquées en note; toutes les difficultés de lecture ont
été signalées. Il reste encore des passages douteux ou
même manifestement corrompus : je les ai relevés soit
dans les notes, soit au glossaire, mais je crois avoir fait
rendre au manuscrit tout ce qu'on en pouvait tirer. Je
m'en suis tenu, sauf en des cas assez rares, à la leçon
de ce manuscrit, et n'ai point tenté de régulariser la
graphie. Je montrerai, dans l'introduction, que toute
tentative en ce sens aboutirait à des résultats arbitraires,
l'auteur ne se faisant pas scrupule d'employer - ses
rimes le montrent - des formes divergentes ; et d'autre
part la graphie du copiste est en elle-même intéressante
et méritait d'être conservée.

Le vocabulaire, qui n'était cependant pas la partie la
plus défectueuse de la première édition a été entière-
ment récrit. II ne comprend plus seulement les mots
omis ou insuffisamment expliqués par Raynouard : dis-
posant cette fois de plus d'espace, j'ai voulu dresser Ie
dictionnaire de la langue du poème. Naturellement
tous les mots n'y sont pas, et je n'ai pas non plus jugé
utile de relever tous les passages où chaque mot figure,
mais je ne pense pas avoir rien omis d'essentiel. Ce
vocabulaire occupe plus du quart du volume. II eût été
abusif de le faire plus long.

Obligé de faire tenir le texte et la traduction en un
volume, J'avais dû jadis écourier notablement la tra- [Page III]
duction, surtout vers la fin. Cette fois on aura la tra-
duction complète.

La partie la meilleure de la première édition est le
commentaire joint à la traduction. On ne m'accusera
pas d'outrecuidance si je dis que ce commentaire dépas-
sait sur beaucoup de points l'état des connaissances
acquises à l'époque où il a paru : après plus d'un tiers de
siècle, je me sens très capable de juger man premier
travail avec une entière impartialité. On retrouvera,
dans le second volume, ce commentaire augmenté en
certaines parties, car j'avais laissé sans note plusieurs
passages intéressants, notamment dans l'énumération des
contes et poèmes récités aux noces d'Archambaut, mais
abrégé en d'autres, car beaucoup de notions que j'avais
dû, en 1865, exposer avec détail, sont maintenant
entrées dans le domaine commun de la science, et
peuvent être résumées brièvement.

Flamenca est un roman de moeur auquel rien
ne peut être comparé dans l'immense littérature roma-
nesque du moyen âge. C'est l'oeuvre d'un homme d'in-
finiment d'esprit et d'un esprit très supérieur à son
temps. Il se peut que cette supériorité même ait nui
au succès du roman, dont les qualités de fine observa-
tion et de narration élégante ne pouvaient être appré-
ciées que du petit nombre. Personne, au moyen âge,
n'en a parlé, et on n'en connaît qu'un seul manuscrit.
Peut-être la présente édition contribuera-t-elle à lui
valoir la place éminente qu'il mérite d'occuper dans l'histoire
littéraire. Son principal défaut est de nous être par)
venu très mutilé, puisque le manuscrit de Carcassonne a [Page IV]
perdu plusieurs feuillets, notamment les premiers et les
derniers. Je souhaite, sans beaucoup l'espérer, q'un
futur éditeur réussisse à en trouver un manuscrit comp-
let 2 .

Novembre 1900
[Page V]